Couple, genre et filiation.

 

Mon « chemin de Damas »  sur la notion de couple et de filiation.

Je suis un scientifique, biologiste et biophysicien de formation. Ça organise ma vision du monde, y compris dans ce qui concerne l’organisation de notre société, comme les rapports entre les personnes et les sexes. C’est peut être critiquable, mais je suis comme ça, on ne se refait pas. Ce billet est une tentative de raconter comment la démarche scientifique m’a amené d’abord à me construire une vision implicite de la notion de couple, de mariage et de filiation, pour ensuite, au nom de la même démarche scientifique, à la remettre complètement en question.

Ma conviction dans la culture scientifique est terriblement forte. C’est un élément structurant de ma personnalité. Je suis rationnel, cartésien, à un point souvent irritant pour mes proches. Au point que certains me traitent parfois de « scientiste ». C’est aussi un peu la raison de ce blog, regarder les données, les faits, questionner les idées préconçues.

Pour cette raison, je suis aujourd’hui solidement athée, bien que pourtant issu d’une famille catholique pratiquante, élevé dans la tradition religieuse. Ne vous méprenez pas, j’aime ma famille et je respecte leurs convictions. Je ne renie pas la morale et les traditions humanistes que véhiculent leur culture chrétienne dont je suis aussi un héritier assumé. C’est également une partie importante de la personne que je suis aujourd’hui.

Ma culture initiale de biologiste m’a beaucoup influencé dans ma vision précoce des relations entre êtres humains, en particulier en ce qui concerne la question des rapports entre les sexes. Pour le biologiste que je suis, la reproduction d’une espèce sexuée dépend de l’accouplement entre un mâle et une femelle, qui permet la fécondation d’un œuf par la rencontre des gamètes. Projeté à l’échelle des rapports humains, cela voulait dire que le couple « reproductif » était nécessairement constitué d’un homme et d’une femme. Cette évidence scientifique a longtemps constitué pour moi une certitude sociologique.

Mais j’avais tort…

Il y a quelques années, j’ai assisté à une conférence de Maurice Godelier, anthropologue, médaille d’or du CNRS, homme d’une culture immense. Dans une présentation très inspirée, il nous a expliqué comment la représentation de la sexualité, du couple et de la filiation était une notion relative dans le temps et dans la géographie, combien différentes civilisations et sociétés s’étaient bâties sur des constructions différentes de la reproduction et du couple, comment ces sociétés avaient une logique et une cohérence propre. Elles pouvaient être déconnectées de la réalité biologique de la reproduction, mais ça ne les empêchait pas d’être stables, équilibrées et source d’épanouissement pour les individus qui les composaient. Contrairement à mon opinion candide issue des sciences expérimentales, la mécanique biologique de la reproduction ne s’impose pas à la logique sociale. Dans cette perspective anthropologique et sociologique, toutes mes certitudes de biologiste n’avaient que peu de pertinence. Les contextes sociaux variés et détaillés que nous exposait Godelier avaient raison ma vision mécanistique de la reproduction.

Comme l’a exprimé un jour un de mes collègues biologistes, la démarche scientifique, c’est « la combinaison de la curiosité et du doute ». Ce jour là, grâce à Maurice Godelier, ma curiosité a été éveillée et je me suis mis à douter de mes certitudes initiales. La démarche scientifique reprenait le dessus sur le dogme.

Aujourd’hui, j’ai changé d’avis. Je ne crois plus que les principes biologiques de la reproduction imposent un modèle social du couple. Je crois que les individus ont le droit de revendiquer leur identité de genre et de voir reconnaitre la construction de relations de couple différentes, quel que soit le genre des partenaires qui les constituent. 

Au delà de cette notion de couple d’individus à géométrie variable, la biologie existe toujours, elle impose des contraintes incontournables sur la reproduction. Le droit des enfants est aussi une question complètement essentielle, ils ne sont ni des choses, ni des produits et leur réification ou leur marchandisation serait une dérive insupportable. 

Pour conclure, je dirais que j’aime beaucoup la définition dans notre droit français de la filiation dite «  par possession d’état ». Elle permet permet d’établir l’existence d’un lien de filiation et de parenté entre un parent et son enfant qui se comportent comme tels dans la réalité, même s’ils n’ont aucun lien biologique.

Le parent est celui qui pourvoit matériellement, socialement et affectivement à l’éducation de l’enfant. 

Pour un scientifique et un enseignant, c’est une très belle définition,  baignée de ses valeurs professionnelles et ancrée dans la réalité opérationnelle.

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