Haro sur Parcoursup !

Etudiants de sciences en Sorbonne vers 1900

Dans le contexte du mouvement lycéen et étudiants de ces jours-ci, on parle beaucoup de Parcoursup, la plateforme qui gère les candidatures des bacheliers pour l’accès aux différentes filières de l’enseignement supérieur.

Algorithme opaque, machine à créer de la frustration, traumatisant pour les candidats et les familles, instrument de sélection qui ne dirait pas son nom, Parcoursup est voué au gémonies par une grand nombre de ceux qui s’y sont frotté de près ou de loin.

Mais beaucoup de choses inexactes ou imprécises ont été dites à propos de cet outil.

L’objet de ce billet est, comme d’habitude, de regarder les données factuelles relatives à l’accès au supérieur et surtout les inputs : les vœux des candidats et les places offertes par les établissements.

C’est une analyse des chiffres publiés par le ministère, filière par filière : Comment se répartit l’offre ? Y-a-t-il assez de places ? Dans quelles filières ? Où vont les préférences des candidats ? Existe-t-il des effets géographiques ? Quelles disciplines sont les plus en tension ? Est-il réaliste d’ouvrir les vannes ? Quid de la sélection ?

Et quel que soit le devenir de Parcoursup : suppression, remplacement, modification…, ces chiffres sont structurels et ne changeront pas d’un claquement de doigts. Quelle que soit la réponse choisie par les pouvoirs publics, elle devra en tenir compte.

Et pour conclure je vous livrerai quelques réflexions personnelles sur la question.

Sauf indication contraire, les chiffres de cette analyse sont issus des données Parcoursup complètes de 2025, les dernières en date publiées sur le site du ministère et disponibles ici. J’ai également utilisé les données chiffrées détaillées des résultats du bac pour 2025, disponibles ici.

Des centaines de milliers candidats et de places, et des millions de vœux

En 2025 Parcoursup a collecté les vœux d’environ 850 000 candidats, dont les 3/4, 650 000, étaient des nouveaux bacheliers , le reste étant principalement des étudiants déjà dans le supérieur (bacs antérieurs) en demande de réorientation. Les nouveaux bacheliers sont issus de trois filières : la série générale, la série technologique et la série professionnelle, avec des profils assez différents, ce qui a des conséquences importantes sur leur poursuite d’études. Le graphe ci-dessous montre la répartition moyenne par série ces deux dernières années (2025-2026) :

Nombre de bacheliers par série

Pour accueillir ces candidats, la plateforme liste pas moins de 14 200 filières, avec une capacité d’accueil combinée de 770 000 places. Cette dénomination de “filière” cache une réalité assez hétérogène avec des filières à grande capacité (≥ 500 places), notamment en enseignement à distance (CNED) et dans certaines licences de grandes universités (droit, accès santé…). À l’autre extrémité du spectre, on trouve des classes prépas ou des BTS à très petits effectifs, l’effectif moyen d’une formation BTS étant par exemple de l’ordre de 30, certaines ayant moins de 10 places.

Parcoursup recueille 13,5 millions de vœux soit un ratio de ~16 vœux par candidat et de 17,5 voeux par place offerte. Sachant que chaque candidat peut formuler jusqu’à 10 vœux, eux-mêmes déclinés en un maximum de 20 sous-vœux, on peut remarquer qu’ils utilisent largement la latitude de choix qui leur est permise.

Public et privé sur Parcoursup

L’ouverture de Parcoursup à des établissements privés a fait couler un peu d’encre, dénoncée comme étant un encouragement à une marchandisation/privatisation de l’enseignement supérieur, en les mettant sur le même plan que les établissement publics. Sans rentrer ici dans ce débat, on peut regarder les chiffres : l’offre des établissements publics représente 83% des places offertes sur Parcoursup et attire 87% de vœux des candidats.

Sur les 17% de places offertes par des établissements privés, soit 129 000 places en tout, une grosse moitié concerne des BTS ou des prépas dans des lycées privés sous contrat, ou bien des licences délivrées par établissements d’enseignement supérieur privé (e.g. Instituts catholiques…) associés à des universités publiques pour la délivrance du grade.

Les écoles d’ingénieurs et écoles de commerce post-bac privées représentent un peu moins de 5% des places offertes sur Parcoursup (37 000 en tout).

Places et vœux dans les établissements publics et privés

L’offre du secteur privé reste circonscrite sur Parcoursup proprement dit. Elle s’inscrit majoritairement dans un cadre bien défini de diplômes et de grades reconnus. Et sur Parcoursup, le privé attire proportionnellement plutôt moins de vœux que les établissements publics.

Là où il peut y avoir un effet indirect négatif de Parcoursup et notamment de sa lenteur à remonter des propositions aux candidats, c’est sur le report de certains bacheliers vers des établissements hors-parcoursup, plus réactifs, mais à la qualité qualité et à la stratégie commerciale parfois discutables.

A mon sens ce n’est pas le principe de l’outil qui est critiquable, mais plutôt son implémentation « perfectible » (voir plus bas)

Typologie des formations offertes et taux de pression global

Les formations ouvertes sur Parcoursup débouchent sur différents types de diplômes ou grades universitaires à la sortie. La répartition des places offertes en fonction du type de diplôme est indiquée ci-dessous :

Places et vœux par grandes filières

Les formations classiquement dispensées dans les universités et leurs IUT (Licences, PASS, LAS, BUT) représentent plus de la moitié de l’offre, et les BTS, un peu moins d’un quart.

Les formations dispensées dans les universités représentent la moitié de l’offre Parcoursup

Lorsqu’on compare les places offertes aux vœux formulés par les candidats, on constate qu’il y a des types de formations qui sont fortement demandées et pour lesquelles le taux de pression est beaucoup plus élevé (les formations dites “en tension”). Ces taux de pression très élevés dans certaines filières constituent une des difficultés génératrices de frustrations chez les candidats.

Ça concerne en particulier les formations aux métiers de santé (PASS, LAS et IFSI) qui attirent à elles seules plus de 3 millions de candidatures, soit pratiquement un quart de tous les vœux exprimés nationalement.

Les formations aux métiers santé (y compris soins infirmiers) attirent à elles seules 3 millions de candidatures

Plus globalement, les formations sélectives attirent proportionnellement davantage de vœux que les filières non-sélectives (PASS et Licences accès santé débouchant in fine sur de la sélection 1 ou 2 ans après). Si certains critiquent aujourd’hui la sélection à l’entrée du supérieur, collectivement, les candidats « votent pour » au travers leurs vœux.

Taux de pression dans les différentes grandes filières

Il y a en plus un “double effet Kiss-Cool” dans ces filières santé, puisqu’il y a un premier goulot d’étranglement à l’entrée, le nombre de candidats demandant la voie PASS étant trois à quatre fois plus important que le nombre de places offertes, et un second à l’issue du processus PASS ou LAS, où le nombre d’élus admis à poursuivre dans les filières santé (médecine, pharmacie, dentaire, sage-femme) est de seulement 16 500 / an, pour 48 000 entrants en tout dans les voies PASS et LAS.

Parcoursup est-il un outil de sélection ?

Le portail Parcoursup propose à la fois des filières dites sélectives (BTS, BUT, prépas, IFSI, écoles post-bac…) et des filières dites non-sélectives (licences, PASS et LAS). La répartition des places offertes dans les deux types de filières est indiquée dans le schéma ci-dessous :

Places dans les filières séléctives et non sélectives

Les BTS et BUT représentent ensemble plus de la moitié des places offertes dans les filières sélectives (228 000 en tout).

Parcoursup par lui-même n’effectue aucune sélection des dossiers. Il transmet les dossiers des candidats aux établissements dans lesquels ils ont candidaté. Chaque filière de chaque établissement constitue une commission d’examen des dossiers pour traiter les candidatures, commission constituée d’enseignants. Ce sont donc les équipes pédagogiques qui analysent et classent les dossiers, pas un obscur algorithme dans la plateforme Parcoursup.

Je ne suis pas un algorithme…

J’ai moi-même participé à ce processus d’examen les deux premières années de Parcoursup (avant la réforme du bac, c’était plus simple…). C’est chronophage, je me rappelle d’un pont du mois de Mai passé sur la plateforme à lire des centaines de dossiers, mais c’est un exercice interessant même si il est fastidieux.

La différence entre les filières sélectives et non-sélectives, c’est la possibilité pour les premières de refuser des candidats dont le profil est jugé inadapté à la formation visée et à ses pré-requis. Cette réponse négative est définitive, quels que soient les éventuels désistements des autres candidats : “on ne vous prend pas, vous n’avez pas les pré-requis, la motivation ou le niveau pour suivre cette formation”.

Les filières non-sélectives vont en revanche classer tous les candidats qui ont exprimé un vœu pour la formation considérée, sans en refuser a priori aucun. Ce classement réalisé par la commission d’examen des dossiers est remonté dans le portail Parcoursup, sur la base de critères déterminés en amont et affichés sur le portail quand les candidats font leurs vœux. Mais parce que les capacités d’accueil sont toujours limitées, si il y a beaucoup plus de candidats que de places, tous ne pourront en général pas être pris. Un système de liste complémentaire est mis en place, avec appel des candidats en fonction des désistements progressifs de ceux qui sont classés en rang utile. C’est le portail Parcoursup qui gère ces désistements automatiquement, mais en respectant le classement fait par la commission pédagogique.

Par exemple, selon les données du ministère, la licence de physique de l’université du Havre (non-sélective) a une capacité d’accueil de 20 places. Environ 270 candidats ont exprimé un vœu pour cette licence en 2025. La commission d’examen a donc dû classer tous ces bacheliers de 1 à 270. Initialement seuls les 20 premiers du classement ont eu une réponse positive via Parcoursup, i.e. la capacité d’accueil fixée. Comme certains d’entre eux peuvent faire ensuite un autre choix d’affectation et se désister, les suivants sont appelés progressivement. Lorsqu’il n’y a plus de désistements ou que tous ont été appelés, le processus s’arrête.

Il y a beaucoup de places offertes sur Parcoursup (~770 000), plus que de reçus au bac chaque année (~650 000). La question qui fâche n’est pas vraiment celle du nombre total de places, mais plutôt celle de l’adaptation des désirs des candidats avec les places offertes dans chacune des différentes formations. Si chaque année il reste des candidats sur le carreau, c’est parce que leurs vœux n’ont pu être satisfaits eu égard à la demande globale. Il reste des candidats sans affectation et des filières non-remplies.

Un déficit spécifique de places dans les filières professionnelles et technologiques

Il y a par exemple un problème structurel dans l’offre. Il y a 169 000 places en BTS, pour 180 000 bacheliers professionnels et seulement 59 000 places en BUT pour 130 000 bacheliers technologiques. Alors bien sûr, tous les bacheliers pro ne sont pas systématiquement destinés à faire ensuite un BTS et tous les bacheliers techno à faire BUT. Mais ce nombre de places insuffisant va obliger une partie d’entre eux à candidater dans des filières moins en ligne avec leur formation au lycée. Avec plus de risques d’échec en 1er cycle. Et ce déficit de places est aggravé par la concurrence de nombreux bacheliers généraux qui candidatent aussi dans ces filières, en particulier en raison de leur caractère sélectif, vu comme plus valorisant (cf ci-dessus).

Il y a un déficit important de places en Bachelor universitaire de technologie (BUT)

Pourquoi n’a-t-on pas augmenté l’offre en particulier en BUT en parallèle de l’accroissement des effectifs des filières technologiques et professionnelles au lycée ? Probablement parce que c’est cher. Un étudiant en BUT en IUT coute beaucoup plus cher qu’un étudiant en licence, le taux d’encadrement (nombre d’enseignants par étudiant) y étant beaucoup plus élevé. À moyens financiers sous tension, quand le nombre de bacheliers s’accroit, augmenter le nombre de places en licence est une solution de facilité.

Différences régionales : l’effet attracteur francilien

On peut s’intéresser aux effets géographiques : Comment sont réparties les places offertes aux bacheliers sur le territoire national ? Certaines régions attirent-elles proportionnellement plus de candidats ? Existe-t-il des disparités territoriales ? Les données Parcoursup sont géolocalisées et permettent de répondre à ces questions. La carte ci-dessous montre les distributions des places offertes et des vœux formulés par les candidats pour les académies de France métropolitaine (y compris la Corse).

Carte des places et vœux par académie

Les surfaces des disques rouges et blancs sont proportionnelles aux nombres de places offertes et aux nombres de vœux, respectivement. Elles ont été normalisées par rapport aux moyennes nationales : si une région a disque blanc (vœux) plus grand que son disque rouge (places offertes), cela signifie qu’elle est sur-demandée par rapport à moyenne nationale (et réciproquement).

Les établissements d’Île-de-France attirent près d’un tiers des vœux de tout le pays.

L’examen de cette carte montre plusieurs disparités :

Il y a sans surprise des grandes et des petites académies (par le nombre de places dans le supérieur). La plus grande est celle de Paris avec environ 64 000 places, suivie de celles de Lille (58 000) et de Lyon (56 000), avec à l’autre extrémité celles de Limoges (9000) et de la Corse (2700).

Il y a aussi de grandes différences dans le nombre de vœux exprimés par les candidats, avec deux tendances :

  • Un tropisme très important pour les trois académies d’Île de France et notamment Paris, et à un moindre degré pour Lyon, la capitale des Gaules. Paris est très sur-demandé avec quasiment 1,9 million de vœux, soit une moyenne de près de 30 demandes par place offerte, toutes filières confondues. Globalement, l’Île-de-France attire 31% de tous les vœux Parcoursup, pour moins de 20% des places offertes nationalement.
  • Un effet d’attraction pour la bordure méridionale de l’hexagone : Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Aix-Marseille et Nice. Une forme d’héliotropisme des bacheliers ?

Une question que l’on peut aussi se poser est l’adéquation des places offertes dans chaque académie au nombre de candidats y ayant obtenu leur bac. Dit autrement, est-ce que ces effets de sur- ou de sous-demande sont liées à au nombre de bacheliers locaux faisant des candidatures de proximité ?

Dans la majorité des académies, le nombre de places offertes est suffisant pour accueillir tous les bacheliers locaux

Le résultat de cette analyse est indiqué dans le graphe ci-dessous, avec les données de 2025, pour les résultats au bac et pour les places offertes dans Parcoursup. Chaque point représente une académie.

Pression régionale par académie

On voit que presque toutes les académies offrent un nombre de places dans Parcoursup très proche du nombre de reçus au bac localement (dans la bande bleue). Seules, deux académies sont déficitaires : Créteil et Versailles, mais ceci s’équilibre globalement sur la région IdF avec celle de Paris qui offre trois fois plus de places qu’elle ne produit de bacheliers. Globalement, on compte 137 000 bacheliers en IdF (2025) pour 153 000 places sur Paris, Créteil et Versailles. Les grands pôles universitaires que sont Lille, Lyon et, dans une moindre mesure, Toulouse sont aussi excédentaires par rapport à leur nombre de bacheliers.

Conclusion, ce n’est pas le manque de places locales qui fait monter la pression des vœux dans les académies les plus demandées, mais une demande probablement motivée par d’autres considérations (réputation et/ou nature des formations, qualité de vie perçue,…).

Licences : une attractivité plus forte des disciplines scientifiques

On a vu plus haut l’attractivité majeure des filières associées à la Santé (PASS, LAS, IFSI). J’ai voulu regarder si les candidats exprimaient aussi préférences pour certaines disciplines données, en comparant les licences. Ces formations couvrent une grande diversité de disciplines et sont le plus gros morceau de l’offre globale (330 000 places en incluant les LAS, soit 43 % de l’offre Parcoursup). Elles sont pour l’essentiel non-sélectives, d’architecture comparables entre elles et délivrent in fine le même grade universitaire. On peut donc estimer que les différences d’attractivité seront essentiellement le reflet de la discipline qui y est enseignée.

Les licences représentent 43 % des places offertes sur Parcoursup

Le graphe ci-dessous montre les places et les vœux formulés par les candidats pour les licences, par grands secteurs disciplinaires.

Places et vœux par discipline dans les licences

L’offre se distribue en quatre blocs de capacités comparables d’environ 80 000 places, auquel on ajoute un bloc STAPS de 3000 places. La répartition de vœux montre une attractivité sensiblement plus importante pour les disciplines de sciences exactes et de sciences de la vie (Sciences, Technologies, Santé) qui attirent 16 vœux par place offerte, contre seulement 7 pour les disciplines littéraires, avec les disciplines économiques, juridiques et sociales entre les deux (une pression de 12 à 13 vœux par place offerte).

Les LAS tirent les disciplines scientifiques, mais leur attractivité intrinsèque est réelle

Cette attractivité plus importante des disciplines scientifiques est tirée en partie par les Licences Accès Santé (LAS), plus fortement demandées, et pour lesquelles l’offre disciplinaire est dominée par les sciences (deux tiers des places en LAS sont dans des disciplines scientifiques). Mais l’effet reste net, même si on ne considère que les licences “sèches”, sans accès santé : les disciplines scientifiques sont proportionnellement deux fois plus demandées que les disciplines littéraires (taux de pression de 14 contre 7).

J’ai aussi voulu regarder de manière plus fine quelques grandes disciplines spécifiques et notamment leur taux de pression en licence (nombre de vœux par rapport au nombre de places à l’échelle nationale). C’est un peu plus compliqué, car il faut regarder la dénomination détaillée des licences avec des mots-clés, ce qui peut parfois être ambigu. Il peut donc y avoir quelques oublis à la marge, mais sans effet sensible sur les ordres de grandeur.

Discipline Places Vœux Pression
Sciences politiques35009900028,3
Psychologie1700032900019,4
Maths1200021600018,0
Sciences de la vie1900034000017,9
Chimie80004500016,3
STAPS300037800015,0
Physique2800043100013,5
Économie3200017300013,5
Informatique1300017300013,3
Droit4900054800011,2
Sociologie2400025000010,4
Philosophie4000350008,8
Anglais330002610007,9
Histoire220001730007,9
Lettres12000880007,3

On observe aussi quelque chose de comparable dans le domaine des écoles post-bac : les écoles d’ingénieur (à dominante scientifique) sont proportionnellement deux fois plus demandées que les écoles de commerce (taux de pression de 36 contre 17). De quoi faire méditer sur la place de la formation dans les disciplines scientifiques dans le secondaire.

A grain plus fin, on voit apparaître l’attractivité forte des Sciences politiques et de la Psychologie

On retrouve les tendances générales entre les grandes familles de disciplines décrites plus haut, avec les cas particuliers de la psychologie, qui reste une discipline extrêmement demandée, ainsi que les sciences politiques en haut de tableau, mais avec un effectif plus réduit.

En 2025, les 5 licences les plus demandées en France (hors LAS) étaient :

  • Sciences Politiques à Paris 2 (Assas)
  • Sciences de la Vie à Paris Cité
  • Psychologie à Paris Cité
  • Psychologie à Lyon 2
  • Sciences politiques à Paris 1 (Panthéon)

Elles ont toutes un taux de pression supérieur à 60 demandes pour une place. C’est très élevé et par exemple nettement supérieur au taux de pression moyen sur les classes prépas (27,7 demandes pour une place, nationalement). C’est même comparable au taux de pression sur les prépas scientifiques de Louis-le-Grand (pression 62,1), même si il y a probablement beaucoup d’autocensure des candidats dans ce dernier cas.

Faut-il changer ou supprimer Parcoursup ?

Dans le discours ambiant, il me semble que je vois trois différents types de critiques adressées à Parcoursup, avec deux options de sorties différentes :

  • Ceux qui estiment que la procédure de constitution des classements est opaque et les critères insuffisamment expliqués. Avec une impression d’injustice associée : « mon dossier n’a pas été traité avec équité« .
  • Ceux qui estiment que c’est dans l’exécution que Parcoursup pêche : lenteur dans le processus de remontée des propositions d’affectation et de gestion des désistements. L’attente estivale des réponses est interminable et anxiogène.
  • Ceux qui considèrent que le principe même d’un examen des dossiers et de classement est une forme de sélection inacceptable et que tous les bacheliers devraient se voir offrir une place dans la filière de leur choix, indépendamment des capacités d’accueil des établissements : « il n’y a qu’à ouvrir davantage de places« .

De mon point de vue, les deux premières critiques sont parfaitement entendables et doivent déboucher sur une évolution du système global (Parcoursup, mais pas seulement, le bac aussi). Les tenants de la dernière critique appellent à une solution plus radicale : la suppression pure et simple de Parcoursup et de tout système d’affectation des candidats qui ne leur donnerait pas satisfaction.

Suppression de toute sélection à l’entrée dans le supérieur ?

Personnellement, je trouve cette proposition lunaire et déconnectée des réalités. C’est naïf, idéologique ou démagogique, ou les trois. Pour plusieurs raisons :

  • La demande des bacheliers n’est pas congrue aux capacités d’accueil des filières de formation. Dans beaucoup de disciplines, y compris les plus opérationnelles : celles où la formation repose en partie sur du compagnonnage avec des professionnels qui les encadrent (santé, BTS…). Par exemple, il y a près de 1,5 millions de vœux pour les instituts de formation en soins infirmiers (IFSI), ce qui veut dire au moins 150 000 candidats. Pour 30 000 places. On va créer 120 000 places en IFSI ? On va les trouver où les infirmiers et infirmières enseignantes ? et les terrains de stage pratique ?
  • Ça revient implicitement à avoir à l’échelle nationale un système d’enseignement supérieur et de recherche piloté par la demande des bacheliers. Devrait-on dimensionner les UFR, leurs départements de recherche associés, les recrutements d’enseignants-chercheurs au gré de telle ou telle mode sujette à variation chez les lycéens ? Le tout indépendamment des besoins dans tel ou tel secteur de l’économie ou de la société (l’IA, le climat…) ? Comment fait-on pour des disciplines qui n’auraient plus la faveur des bacheliers : on licencie les enseignants surnuméraires ? On transmute les profs d’allemand en profs d’informatique ?
  • De mon expérience d’avant Parcoursup où APB envoyait en licence de droit ou en première année de santé des bacheliers technologiques et professionnels (parce qu’ils en avaient fait le vœu), c’est la garantie d’un taux d’échec massif en 1er cycle. Et c’est une machine à broyer les étudiants, particulièrement ceux issus de milieux moins favorisés qui sont moins armés culturellement et socialement, et plus précaires financièrement.
  • Quels débouchés à la sortie pour les étudiants qui iraient se masser dans certaines filières très demandées ? On va faire quoi de 150 000 infirmières et 50 000 psychologues supplémentaires chaque année ?

Pour mettre en œuvre cette option d’ouverture sans limite, j’ai entendu proposer qu’on rajoute 250000 places pour satisfaire tous les vœux, quels qu’ils soient. Je n’ai rien contre le fait de donner plus de moyens à l’enseignement supérieur, au contraire. Je pense même que c’est une priorité absolue, souvent annoncée, mais rarement mise en œuvre quand il faut l’inscrire au budget de l’État. Mais rajouter 250000 places à l’université ne se fait pas d’un claquement de doigts. Je ne sais pas d’où sort ce chiffre ni comment il a été calculé. Je n’ai d’ailleurs pas compris si il s’agissait de 250000 places en tout, sur toute la durée des cursus, ou bien de 250000 places supplémentaires à l’entrée dans Parcoursup (ce qui voudrait dire beaucoup plus en réalité, car après la première année de licence ou de BUT, il y en a encore 2 autres, puis des masters, on serait donc plutôt sur 1 million de places sur la durée complète des études (en moyennant formations Bac+3 et Bac+5).

Dans cette seconde hypothèse maximale, 250 000 places supplémentaires dans Parcoursup, c’est une augmentation de 30% de l’offre totale et de 60% des places aujourd’hui ouvertes à l’université (IUT compris). Aujourd’hui, il y a environ 55 000 enseignants-chercheurs dans le supérieur public en France (données ministère), si on fait un raisonnement macro avec une règle de trois bête et méchante, il faudrait recruter séance tenante entre 15 000 et 30 000 enseignants-chercheurs supplémentaires. Et dans l’hypothèse minimale (250000 places pour tout le cursus et pas juste sur la 1ere année), ça ferait tout de même entre 4000 et 8000 postes à créer ASAP.

A cette échelle, le vivier n’existe probablement pas pour recruter autant d’enseignants d’un coup. Pas plus que les mètres carrés pour accueillir les étudiants. Ni les équipements de TP ou d’enseignement technique. Et pas davantage les terrains de stage pour les formations pratiques.

Changer quoi ?

Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien de perfectible, au contraire. Voici quelques propositions issues de mon expérience de plusieurs décennies dans l’Enseignement supérieur et la recherche (je serai bientôt émérite).

  • Rendre le bac « lisible » pour les étudiants qui candidatent et les membres des commissions d’examen des vœux. Ca veut dire rompre avec ce système de spécialités d’une complexité byzantine et revenir à davantage d’épreuves terminales standardisées, identiques quel que soit le lycée d’origine. J’ai présidé un jury de bac cette année, et je me suis aperçu que c’est incompréhensible même pour mes collègues du secondaire qui baignaient dedans. Eux mêmes s’appuyaient sur les notes de contrôle terminal plutôt que le contrôle continu pour proposer de repêcher tel ou tel candidat au bac. Avoir ainsi des critères plus objectifs est une manière simple de répondre à la demande de transparence des lycéens.
  • Réintroduire la hiérarchisation des vœux qui existait dans APB. Les candidats classant leurs vœux par ordre de préférence (ce qui n’est plus le cas dans Parcoursup), ça permettrait au système d’automatiser les désistements (ce que faisait APB, malgré ses autres défauts) et de raccourcir considérablement les délais d’attente et donc le stress estival des bacheliers.
  • Mettre en place davantage de passerelles dans les études supérieures. Une des critiques faites à tout système d’orientation précoce dans le supérieur est qu’ensuite, certains étudiants ont le sentiment d’être enfermé dans un tunnel qui les empêche de se réorienter. Permettre de passer plus facilement d’un BUT à une licence, d’un master aux filières santé, ou d’un BTS à un BUT serait un moyen donner de la flexibilité et d’ouvrir le système à des parcours moins conventionnels, des étudiants à « éclosion tardive » (j’en ai rencontré, ce sont souvent des personnes remarquables).

Il y a des marges d’amélioration indiscutables, à condition de rester dans le réel.

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