Épreuve du baccalauréat dans les années 50
Dans le précédent billet, j’analysais les entrées de Parcoursup : d’une part, les places offertes à l’entrée dans le supérieur et d’autre part, les vœux des bacheliers. Avec l’objectif de faire une cartographie générale de la question à traiter : l’affectation des bacheliers dans les filières post-bac à l’échelle nationale.
Cette fois-ci, on va regarder ce que produit le système à la sortie : quelles sont les affectations finales une fois le stress des classements et la poussière des désistements retombés ? Qui reste sur le carreau ? Quelles sont les filières qui font le plein et celles qui ne remplissent pas leur capacité d’accueil ? Quels effets géographiques ?
Autant la première partie était plutôt un état des lieux du paysage global en amont, autant celui-ci est une analyse du résultat de la mécanique Parcoursup. Si on doit refondre ce dernier en profondeur, ce qui semble d’actualité, il me paraît utile de cartographier les éventuels problèmes pour essayer d’y remédier.
Par exemple, si on doit créer de nouvelles places dans le secteur public, dans quelles filières est il pertinent de les ouvrir : Est-ce en BTS comme annoncé, ou plutôt en BUT, en licences, voire en santé (qui doit voir sa nème réforme depuis que je suis dans le circuit) ?
Comme c’est la règle sur ce blog, cette analyse est basée sur le traitement de données détaillées : les chiffres exhaustifs filière par filière publiés par le Ministère pour 2025 (ceux 2026 n’étaient pas encore publiés). Les données viennent du site data.gouv.fr et sont accessibles ici. C’est une source assez riche, un tableau d’un peu plus de 14 200 lignes, une par filière, et près de 120 données pour chacune d’elles.
Combien de candidats au départ et combien trouvent une affectation in fine ?
Il y a deux phases dans Parcoursup : la phase principale et la phase complémentaire. La seconde se déroule entre juin et début septembre et concerne notamment ceux qui n’ont pas obtenu de proposition en phase principale. Ils peuvent alors formuler de nouveaux vœux (jusqu’à 10) pour essayer de trouver chaussure à leur pied.
Cette petite précision est nécessaire pour comprendre comment le ministère compte ses ouailles. On voit souvent cité un chiffre autour de 1 million de candidats en tout. Mais certains sont comptés deux fois : d’abord en phase principale, puis en phase complémentaire. Le chiffre qu’on peut reconstruire à partir des données des candidatures est plus proche de 850 000 (pour 2025).
En revanche, le chiffre des nouveaux bacheliers est connu précisément, c’était 652 000 en 2025.
Les résultats à l’issue des deux phases donnent un nombre de 660 750 admis (candidats ayant eu une proposition qu’ils ont acceptée), dont 91 % en phase principale.

Mais parmi ceux-ci, seulement 485 250 sont des nouveaux bacheliers de l’année, les 175 500 restants étant principalement des réorientations d’étudiants déjà dans le supérieur (bacs antérieurs) et aussi des candidats hors système français (équivalents bacs étrangers).
Autrement dit, près de 170 000 bacheliers 2025 n’ont pas eu d’affectation via Parcoursup cette année là. Plusieurs explications non-exclusives sont envisageables :
- Certains ne se sont pas inscrits sur Parcoursup. Les raisons peuvent être diverses : césure, entrée directe dans le marché du travail… Les données utilisées ne donnent pas directement le nombre total et la typologie des inscrits Parcoursup. On a individuellement le nombre de candidats et le type de candidat pour chaque filière, mais comme ils peuvent faire des vœux multiples, impossible de consolider le total. Je n’ai pas trouvé combien des 652 000 bacheliers se sont effectivement inscrits sur la plateforme.
- Certains n’ont reçu aucune proposition à l’issue des deux phases.
- Certains se sont orientés vers des formations hors-parcoursup en cours de route.
- Certains ont refusé les propositions qui leur ont été faites.
Le jeu de données utilisé ne permet pas de trancher directement entre ces différentes possibilités. On peut cependant essayer de regarder quelques indicateurs pour trouver des hypothèses vraisemblables :
La série du bac des admis est un premier élément très parlant : 91 % de tous les bacheliers généraux de l’année obtiennent une affectation, contre 73 % pour les bacheliers technologiques et seulement 33 % des bacheliers professionnels. Le sujet est donc principalement celui des bacheliers pro.
Une note du SIES (service d’information et d’études statistiques du ministère) permet de préciser indirectement les choses. Elle indique les pourcentages d’admis par série, pour cette même année 2025 : 91% pour les bacheliers généraux, 83 % pour les bacheliers technologiques et 71% pour les bacheliers pro. Sauf pour les bacheliers généraux, ils sont supérieurs aux chiffres que j’ai calculés ci-dessus. C’est parce qu’ils sont basés sur les candidats effectivement inscrits sur le portail et pas sur le nombre total de bacheliers. Ils indiquent indirectement que tous les bacheliers pro et techno ne s’inscrivent pas sur le portail. On peut même essayer de faire l’ingénierie inverse (approximative) du nombre d’inscrits. C’est indiqué sur le schéma ci-dessous :

L’écart est particulièrement élevé pour les bacheliers pro, indiquant que l’explication principale dans leur cas est que beaucoup ne s’inscrivent pas sur Parcoursup, soit qu’ils rentrent directement dans la vie active, soit qu’il passent par des structures de formation professionnelle hors-parcousup.
Pour les bacheliers qui se sont inscrits et n’ont pas eu d’affectation in fine, la note du SIES indique que la moitié ont décliné la ou les propositions qui leur ont été faites et que l’autre moitié n’a pas obtenu de proposition ou a démissionné avant la fin du processus.
Des filières saturées et d’autres beaucoup moins
Une des conclusions de l’analyse précédente est qu’une partie non négligeable des bacheliers n’obtient pas ou n’accepte pas d’affectation de formation via Parcoursup. Pourtant l’offre de place n’est pas saturée globalement. Parcoursup offre environ 770 000 places en tout. Seules 660 750 se voient affecter des bacheliers. Il y a donc 110 000 places qui n’ont pas trouvé preneur à l’issue du processus.
On peut regarder les filières saturées qui font le plein et les filières plus ou moins boudées où il reste des places vacantes à la fin de la phase complémentaire. Ces places restent vacantes parce que les formations correspondantes n’ont pas attiré suffisamment de candidats ou bien que ceux-ci ont finalement décidé de ne pas donner suite à une proposition d’affectation en leur sein.

Sans surprise, les filières santé au sens large sont saturées (PASS, LAS, IFSI), elles étaient déjà les plus demandées à l’entrée. Juste après, on trouve les BUT, remplies à 96% et un peu plus loin les licences et les prépas, avec des taux de remplissage de 91% et 90% respectivement (oui, les licences ont un taux de remplissage légèrement supérieur à celui des prépas !).
Les écoles post-bac ne font pas le plein, avec des taux de remplissage de 80% pour les formations d’ingénieur et seulement 67% pour les écoles de commerce.
Paradoxe : Il reste à la fois des bacs pro non affectés et des BTS non-saturés
Mais la surprise vient des BTS qui sont très largement sous-remplis, malgré la pression des demandes (voir billet précédent). C’est encore plus étonnant quand on rapproche ça de ce qu’on vient de voir pour les bacheliers professionnels dont c’est le débouché naturel et qui sont les moins insérés dans le système parcoursup. Paradoxalement, il reste à la fois des bacs pro non-affectés et des BTS non-saturés.
Admission en licence : des différences disciplinaires
Les licences ont un taux de remplissage moyen de 91 %, ce qui est relativement élevé. Ce taux varie toutefois suivant les formations et la distribution des places non-prises dans les principales disciplines est indiqué dans le graphe ci-dessous (on a agrégé les licence d’intitulés voisins et les doubles licences sont comptées deux fois, un fois dans chacune de leur deux disciplines)

Sans surprise les quelques disciplines très demandées (voir billet précédent) sont saturées : Psychologie, Droit, STAPS, SdV (Biologie). A l’autre extrémité, on trouve des licences avec davantage de places vacantes, principalement dans le secteur des humanités et des langues. Dans ces dernières, c’est proportionnellement plus net pour les langues hors-anglais (Allemand, Italien…), pour lesquelles l’offre semble supérieure à la demande des bacheliers.
Cette situation avec une saturation des filières santé d’une part, et des licences de psychologie, droit et STAPS, d’autre part, ressemble à ce qu’on voyait déjà pour partie avant la mise en œuvre de Parcoursup en 2018 (voir mon billet de l’époque sur l’entrée dans le Sup).
Qu’arrive-t-il avec les BTS ?
Sur les 169 000 places ouvertes en BTS sur Parcoursup, il n’y en a que 117 000 qui trouvent preneur. Quasiment la moitié des places qui restent vides à l’issue du processus d’affection national, sont des places en BTS (52 000).
Qu’est ce qui peut expliquer ce phénomène ?
On obtient un premier élément de réponse en regardant ceux qui sont le plus boudés par les candidats. On constate qu’il s’agit principalement de BTS en enseignement à distance. Il y a en effet un nombre considérable de places offertes en BTS à distance, un peu plus d’une sur six, soit 28 550 en tout, mais seules 3080 trouvent preneur soit un taux de remplissage miteux de seulement 11%.
Les BTS en enseignement à distance sont largement boudés par les bacheliers
Il y a donc un effet de trompe-l’œil sur le volume de places offertes en BTS, car le moins qu’on puisse dire est que celles ouvertes en enseignement à distance ne correspondent pas à la demande des bacheliers. De facto, elles n’attirent que peu de vœux dès le départ, moins de 0,5 par place offerte, ce qui est un record.
Qu’en est il des autres BTS ?
Il existe 144 spécialités de BTS recensées dans Parcoursup, réparties en trois groupes principaux : Agricole, Production et Services. Les BTS en présentiel ont un taux de remplissage plus favorable de 81%, mais qui reste sensiblement inférieur à ceux des grandes filières, Licences, BUT, Santé, Prépas… tous au moins égaux à 90%.
Les BTS Agricoles ne sont remplis qu’à 64%, contre environ 83% pour les BTS Production ou Services qui représentent le gros de l’offre. L’analyse est complexe car l’offre est fragmentée avec beaucoup de spécialités de niche (près de 50 sur les 144 offrent moins de 100 places en tout à l’échelle nationale).
Si on se concentre sur les 35 spécialités de BTS à effectif important (≥ 1000 places à l’échelle nationale), on constate que très peu sont proches de la saturation. Voici les plus remplies/attractives, avec leur taux de remplissage :
- Biologie médicale – 96% (encore la santé…)
- Commerce international – 92%
- Cybersécurité – 89%
- Gestion et protection de la nature – 89 %
- Relation client – 87%
- Tourisme – 87%
- Bâtiment – 87%
- Communication – 87%
- Bioanalyse en laboratoire – 87%
- Services informatiques aux organisations – 86%
- Comptabilité et gestion – 85%
Toutes les autres sont en dessous de 85% de remplissage. Rien que sur cette dizaine de BTS les plus demandés, il est resté près de 6000 places non-pourvues. Dans ce contexte, je m’interroge sur l’effet réel que pourrait avoir la création des 15 000 places supplémentaires en BTS annoncées pour soulager la pression sur Parcoursup. On ne peut certes pas exclure qu’il y ait quelques disparités régionales génératrices de tensions localisées, mais au vu des pressions respectives sur les différentes filières, il me semblerait que la création de places en BUT serait bien plus efficace et utile (mais on ne m’a pas demandé mon avis…)
Est-il opportun de créer davantage de places en BTS alors que des milliers de places offertes restent non pourvues, distribuées dans toutes les spécialités ?
Pressions régionales
Comme pour l’expression des vœux par les candidats, on peut se demander si il existe des variations régionales, avec des académies qui seraient plus saturées et d’autres plus boudées dans les choix finaux des bacheliers. La carte ci-dessous montre les places prises et les places vides dans chaque académie de métropole, à l’issue du processus d’affectation Parcoursup.

Cette carte montre des effets géographiques limités, avec la plupart des académies qui ont un taux de remplissage autour de 86% à 3 ou 4% près, soit la moyenne nationale. Il y a toutefois deux exceptions importantes :
- Toulouse et Paris qui sont à 97% et 95% de remplissage (Créteil et Versailles un peu en dessous). La pression sur Paris n’est pas très étonnante, c’est l’académie qui attire le plus de vœux et dispose d’une offre diversifiée de haut-niveau. L’attractivité toulousaine qui décroche la timbale en est d’autant plus remarquable.
- Les académies de Lyon, Grenoble et Poitiers semblent faire moins bonne figure, mais quand on y regarde de plus près c’est un effet trompeur. C’est une conséquence du fait qu’elles proposent un grand nombre de places dans des formations à distance, via le CNED qui est implanté dans ces régions (le siège du CNED est au Futuroscope). On a vu plus haut avec les BTS que les étudiants boudent largement ces formations en distanciel. Sur ces trois académies d’implantation du CNED, c’est ainsi 25 000 places à distance qui ne trouvent pas preneur. Si on retire ces formations, on récupère un paysage régional beaucoup plus équilibré.
Globalement, les places restant vacantes se répartissent de manière régulière dans toutes les académies, sauf Toulouse et Paris qui sont saturées et les places en enseignement à distance qui sont boudées par les candidats
La mobilité inter-académies
Les bacheliers bougent beaucoup quand ils entrent dans l’enseignement supérieur. Sur les 660 750 admis, 285 850 le sont dans une autre académie que celle où ils ont passé leur bac (en regroupant Paris/Créteil/Versailles pour ne pas tenir compte de la mobilité interne à la région parisienne).
43% des bacheliers changent d’académie pour faire leurs études supérieures.
Si on regarde la mobilité par académie, celles où il y a le plus d’admis locaux sont les académies ultramarines : Polynésie, Guyane, Mayotte, Guadeloupe, Martinique, Nouvelle-Calédonie… Pratiquement toutes sont au dessus de 70% de recrutement local, ce qui semble logique eu égard à leur éloignement de la métropole. Une petite exception, l’académie de la Réunion qui est à seulement 64% de recrutement local. C’est aussi de loin la plus importante par le nombre de places offertes (13 700 en tout).
- Les académies de métropole les plus « endogames » sont Créteil, Versailles, Normandie et Nancy-Metz, toutes en dessous de 40% d’étudiants admis hors-académie.
- À l’autre extrémité du spectre, on trouve les académies de Limoges, Lyon et Toulouse, avec 60%, 55% et 50% d’étudiants admis venant d’ailleurs (encore Toulouse…)
Quelques réflexions pour des solutions
Quelles solutions et où créer des places dans le système public pour améliorer le système ?
La première idée qui semble tomber sous le sens serait d’élargir l’offre actuelle dans les filières surbookées et les académies saturées. Si on regarde la liste des usual suspects discutés plus haut on retrouve :
- Les filières Santé
- les IFSI
- les accès médecine, pharmacie, dentaire, maïeutique (PASS et LAS)
- Les Bachelors universitaires de technologie (IUT)
- Les licences en tension, en priorité
- Psychologie
- Droit
- STAPS
- Sciences politiques
- Sciences de la Vie
Avec des sujets épineux qui émergent tout de suite : Certaines sont des formations conduisant à des professions réglementées (infirmiers, médecins, sage-femmes, dentistes, pharmaciens, psychologues) dont les capacités d’accueil sont limitées, à la fois par la règlementation pour certaines, et par le nombre de terrains de stages pratiques obligatoires et d’encadrants (services hospitaliers, professionnels, praticiens libéraux…). On ne pourra pas y ouvrir un grand nombre de places supplémentaires.
Pour les candidats dans ces filières, « supprimer la sélection » comme le réclament certains, me semble relever du vœu pieux.
Et créer des places en licence de droit ou de sciences politiques pour accueillir un trop plein de bacheliers professionnels ou technologiques a toutes les chances de fabriquer surtout de l’échec.
Créer des places en BUT me semble une bien meilleure option (plutôt qu’en BTS), pour un ensemble de raisons :
- C’est une filière aujourd’hui largement saturée.
- Il y a un gros déficit de places par rapport au nombre de bacheliers technologiues à qui ont doit offrir la possibilité de continuer dans cette même filière technologique dans laquelle ils se sont engagés.
- C’est un moyen d’éviter le volume important d’échec en licence des bacheliers technologiques et professionnels en leur offrant un enseignement plus adapté et plus encadré.
- Pour ceux qui en ont les capacités et l’envie, il existe des passerelles de poursuite d’études en master ou en école d’ingénieur après le BUT. Et ceux qui s’y engagent réussissent souvent très bien (contrairement aux licences). C’est ça qu’il faut encourager.
Alors, ça coûte plus cher que des places en licence, mais je pense que ça en vaut vraiment la peine.
L’enseignement à distance et le tout numérique
Sur un autre plan, un résultat collatéral de cette analyse, c’est qu’elle fait ressortir le peu d’engouement des étudiants pour le distanciel (c’est peu de le dire). J’avais fait un peu la même analyse quand on y avait été contraints par le confinement COVID en 2020 (voir mon billet « A distance« ). Cet épisode leur a tous fait découvrir cette modalité de transmission du savoir et a probablement forgé leur opinion (négative) sur cette question.
L’apprentissage individuel, isolé, sans contact humain direct, demande un niveau d’engagement, de concentration et une charge mentale considérable. C’est difficile pour les étudiants (et aussi pour les profs).
L’université, le lycée, l’IUT sont aussi des lieux de socialisation qui contribuent et encouragent à l’apprentissage, à la motivation, à l’échange et font la richesse du monde académique. Ça me fait relativiser plus qu’un chouïa le discours de ceux qui expliquent que l’IA va remplacer en grande partie l’enseignement. L’IA est un outil très utile, je m’en sers régulièrement, mais de là à remplacer l’enseignement traditionnel, les étudiants votent avec leurs choix. Et ils ne votent pas pour…